segunda-feira, 4 de maio de 2020

Qu'est-ce que l'eucharistie ?

                                                             Père Maurice Fourmond
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Le confinement actuel a vu un certain nombre d’initiatives de paroisses pour retransmettre sur internet la messe quotidienne ou dominicale afin de maintenir l’unité de la communauté croyante. Des retransmissions de la messe célébrée par un ou plusieurs prêtres ont permis aux paroissiens de s’unir dans leur maison à la célébration. D’autres initiatives de moments de prière comme le chapelet ont aussi vu le jour en vidéo conférence. Cela est vécu aussi à Marie-Thérèse grâce à une chaîne de télévision interne permettant la retransmission dans les chambres des résidents, de la messe célébrée à la chapelle par un prêtre seul, accompagné d’une religieuse.

Toutefois, beaucoup s’interrogent sur le sens d’une eucharistie sans assemblée. Le virtuel peut-il remplacer l’absence de présence physique ? D’autant que pour le sacrement de l’eucharistie, manger réellement le pain consacré est un élément constitutif du sacrement. Quel est le sens d’une communion de désir ? C’est pourquoi, beaucoup de questions se posent qui touchent à ce qu’est un sacrement et particulièrement l’eucharistie.

Je vois en particulier deux questions fondamentales : l’une sur la nature de l’eucharistie et l’autre sur la place du corps dans tout acte sacramentel.

1 - Quelle est la nature de l’eucharistie, son objet essentiel ?
Au cours des siècles, la pensée de l’Église sur le sacrement de l’eucharistie s’est modifiée. Dans la primitive Église, les disciples se réunissaient le dimanche. Au cours de cette assemblée dominicale, ils faisaient mémoire de leur maître, de son enseignement, de sa mort et de sa résurrection. Au cours d’un repas, ils reprenaient les paroles de Jésus le soir de son arrestation, « Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous » et de même pour le vin, puis ils partageaient cette nourriture par lesquels la vie ressuscitée de Jésus, sa force et sa lumière leur étaient communiquées. Peu à peu la dimension repas partagée a pris moins d’importance au profit de la célébration d’un sacrifice qui serait en lui-même rédempteur, indépendamment d’un repas partagé entre les disciples de Jésus. La célébration de la messe a perdu son caractère premier de repas partagé pour devenir un acte sacrificiel offert à Dieu, en référence au sacrifice de la croix comme s’il fallait réitérer chaque jour ce que Jésus a accompli « une fois pour toutes ». Comme le dit le Père Sesboué, jésuite, dans un article de « Croire - La Croix » : « La messe n'est pas une autre immolation que la croix : elle en est la présence sacramentelle. Ni l'Église, ni le prêtre «n'immolent» le Christ : ils présentent à Dieu à chaque célébration l'unique immolation du Christ… La ressemblance sacramentelle est donc la raison du transfert du terme d'immolation de la croix à l’eucharistie. Heureusement cette ambiguïté du texte se trouve levée par l'analyse des actes du concile qui disent : la messe est « la représentation commémorative de l'immolation passée ».

La dimension sacrificielle l’a emporté sur la dimension du repas familial et fraternel, sur la nourriture indispensable à la vie et à l’espérance du chrétien. Faire mémoire du Christ mort et ressuscité a été peu à peu déconnecté de ce lien symbolique du repas, d’une nourriture qui ouvre ceux qui y participent sur le partage de la vie ressuscité du Christ vivant.

Cette autre vision théologique a eu pour conséquence de donner une priorité à la dimension rédemptrice de la célébration eucharistique par le prêtre, indépendamment du rassemblement autour de la table et d’une nourriture partagée.
Si l’eucharistie est réellement la célébration du Peuple de Dieu rassemblé comme le dit le mot « Église » (Assemblée), on comprend mal les messes quotidiennes privées que certains prêtres estiment devoir célébrer pour la rédemption du monde, alors que c’est le rassemblement des croyants qui est premier. Dans son livre « Les sacrements » de Louis-Marie Chauvet nous lisons : « Une Église sans assemblée serait une contradiction dans les termes… C’est dire que le rassemblement est une caractéristique majeure des chrétiens. De ce point de vue, un chrétien, c'est quelqu’un qui se rassemble avec ses frères et soeurs au nom et en mémoire de Jésus. Un tel rassemblement est comme la marque première des chrétiens » (p. 52). Dans les premiers siècles, les évêques invitaient les chrétiens non pas « à aller à la messe », mais « à aller à l’Église » c’est-à-dire à faire assemblée, à se réunir au nom du Seigneur. L-M Chauvet rappelle que dans la primitive Église, c’est le rassemblement des chrétiens le dimanche qui est premier. C’est en faisant Église que le partage eucharistique construit le corps du Christ. L’eucharistie n’est pas un « en soi », elle est « pour » les chrétiens rassemblés. Dans un passage de sa lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul dénonce la difficulté des Corinthiens à faire Église lorsqu’ils se rassemblent le dimanche ; il rappelle que « lorsque vous vous réunissez tous ensemble, ce n’est plus le repas du Seigneur que vous prenez »,  car « chacun se précipite pour prendre son propre repas, et l’un reste affamé, tandis que l’autre a trop bu ». Le rite n’est pas rédempteur en lui-même, il manifeste une rédemption déjà acquise dans le partage fraternel. En oubliant que nous sommes les membres d’un même corps, le corps du Christ, nous contredisons le sens même de ce que nous célébrons : « Celui qui mange et qui boit, mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le corps du Seigneur. » (1 Co 11, 17…34).

Le Père Chauvet montre bien le lien étroit entre le corps du Seigneur dans la nourriture eucharistique et le Corps du Seigneur qui est l’assemblée célébrante (p. 154-157). Si l’eucharistie rappelle que le monde « a été » sauvé par la mort et la résurrection de Jésus, la célébration de l’eucharistie ne « sauve » pas le monde, elle fait participer les disciples de Jésus et bien au-delà l’humanité entière, à une rédemption déjà acquise. "Quel est l'effet de la messe et par conséquent sa raison d'être ? C'est de produire le sacrifice spirituel de l'humanité présente. Non seulement elle le rend possible, mais elle l'effectue, elle le fait faire aux hommes d'aujourd'hui, bien qu'elle le leur fasse faire librement. »Y. de Montcheuil, Mélanges théologiques, Aubier, 1946, cité par le Père Sesboué dans le même article que précédemment.

Cela change radicalement la vision de ce beau sacrement. Ce n’est pas un « sacrifice » offert pour obtenir un salut déjà donné, mais une nourriture pour la route de ceux qui sont en chemin, habités, grâce à cette nourriture, par l’espérance du Christ qui a traversé sa mort et qui est définitivement vivant. L’eucharistie est, par le Christ, le mouvement de l’humanité vers son accomplissement définitif. C’est en ce sens que les sacrements ont tous une dimension “eschatologique” ; ils inscrivent dans le moment du rite sacramentel, quelque chose de l’espérance eschatologique ou, en d’autres termes, l’espérance de l’accomplissement du projet de Dieu pour chacun et pour le monde.

C’est ainsi que la participation à un sacrement est une grâce pour le présent de notre vie, mais aussi une promesse, celle de notre propre accomplissement en Jésus. Dans chaque sacrement, Dieu en se donnant nous offre la grâce de vivre le présent de notre existence et, en même temps, nous est révélé ce à quoi nous sommes appelés, notre accomplissement et l’accomplissement de l’humanité dont le Christ ressuscité est le signe. Chaque sacrement est à la fois le moment favorable pour l’aujourd’hui de notre vie et la promesse pour l’eschatologie de notre vie, pour le terme de notre vie ici-bas.

Chaque fois que nous participons à un sacrement, en particulier l’eucharistie qui est le sacrement vécu au moins chaque dimanche, nous recevons une grâce pour aujourd’hui et nous réalisons la vérité et la beauté de notre avenir. Cette révélation, inscrite dans le rite, est une espérance féconde qui nous soutient dans notre marche ici-bas. Quelque chose de la vie éternelle est à vivre maintenant à travers le rite sacramentel, dans la perspective heureuse d’un accomplissement parfait.

L’accomplissement de l’humanité déjà réalisé en Jésus, nous est assuré à travers le rite sacramentel, mais ce rite nous engage à travailler comme Jésus incarné au milieu des hommes ; il nous faut poursuivre à notre échelle et selon notre vocation propre, son travail d’humanisation et de divinisation. D’où la dimension éthique de l’acte sacramentel. Nous sommes en marche vers notre accomplissement à l’image de Jésus, mais il nous faut suivre le chemin de Jésus, chemin de vérité de l’homme, chemin de vérité pour l’homme.

C’est ainsi que le repas eucharistique tout en annonçant notre accomplissement dernier, est un rite qui se réfère à l’aujourd’hui de notre vie. Cette référence à l’aujourd’hui de notre vie est signifiée par la présence des croyants, présents avec toute leur vie, leurs joies et leurs peines, leur travail et leur espérance. Mais cet aujourd’hui doit être aussi signifié par les rites et les paroles de la célébration qui ne peuvent être hors du temps, mais répondre à la réalité de l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

2- Après sa résurrection, le Christ continue à être présent dans notre monde ?
Quels sont les signes sensibles de cette présence ? Dieu se manifeste toujours à travers des signes sensibles. J’ai appris dans ma jeunesse que le sacrement est « un signe sensible, institué par Jésus Christ, pour produire ou augmenter la grâce en nos âmes ». Déjà avant le départ physique de Jésus après sa résurrection et avant le prolongement de sa présence vivante à travers de multiples signes en particulier les rites sacramentels, on peut dire que la définition du sacrement s’applique de façon parfaite à l’homme Jésus de Nazareth. Signe sensible, Jésus l’a été totalement comme le rappelle saint Jean dans sa première lettre : « Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons. » (1 Jn 1, 1). L’incarnation est bien une proximité physique avec cette humanité que Dieu aime. Elle est déjà à travers la vie terrestre de Jésus un don de grâces multiples pour les hommes en particulier un don d’amour infini, une grâce rayonnement de l’amour de Jésus jusqu’à accepter sa mort injuste sur une croix.

Annonçant son départ visible, Jésus entend nous introduire dans une autre forme de présence. C’est ainsi que nous entendons cette dernière parole de Jésus dans l’évangile de Matthieu : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20). Cette promesse de Jésus est à prendre au sérieux d’où la question : comment Jésus est-il toujours avec nous ? Comment Jésus absent physiquement peut-il être encore présent dans notre vie et la vie du monde ? Nous avons plusieurs indices dans les Écritures et nous pouvons en vérité leur donner un rôle sacramentel, comme signe efficace de la grâce divine pour nous.

C’est la présence du « Verbe » divin dans la création elle-même. C’est ce qui nous est suggéré dans le prologue de l’évangile selon saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui… Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous. » (Jn 1, 1-5 et 14). Dans ce prologue de Jean, nous voyons que le Verbe, la Parole qui a pris chair en Jésus de Nazareth est à l’origine même de l’univers. Nous avons là la dimension cosmique du Christ, chère au Père Teilhard de Chardin. La grâce créatrice se poursuit dans notre univers en lien avec le sommet que constitue l’Incarnation.

La présence de Jésus ressuscité est aussi dans le don de l’Esprit Saint, don affirmé par Jésus spécialement après sa résurrection : « Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » (Jn 20, 21-22). Ainsi le Christ vivant est toujours avec nous par cette présence intérieure de l’Esprit Saint. Ce lien avec l’Esprit qui habite chacun est un signe que la grâce du Christ continue à agir dans notre vie. Saint Paul affirmait aux chrétiens de Rome qu’ils n’étaient pas « sous l’emprise de la chair, mais sous celle de l’Esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous » Et Paul ajoute que si l’Esprit du Christ habite en nous, il nous fait vivre non comme des êtres charnels, mais comme des « justes » c’est-à-dire comme des personnes « ajustées » à Dieu, en communion avec lui, nourris de la force et de la lumière du Christ lui-même (cf Rm 8, 9-10). On peut dire en vérité que cette présence et cette action de l’Esprit du Christ apportent en nous, une grâce sacramentelle, un véritable signe sensible de la présence de Jésus vivant, offert à chacun.

Il est un autre signe de cette présence efficace du Christ dans nos vies, c’est la rencontre du frère. C’est ce qui est annoncé dans le grand texte de Matthieu (25) appelé le jugement. Le Fils de l’homme sépare les justes et les autres. Les premiers sont reconnus à leur vie de solidarité et d’entraide envers les plus démunis : ceux qui ont faim, soif, étrangers, nus, malades, prisonniers. Curieusement, le Fils de l’homme appelé roi déclare aux justes que ce qu’ils ont fait « aux plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 34…40). « C’est à moi que vous l’avez fait » affirme Jésus, ainsi la rencontre de l’autre dans un don de soi authentique est un signe sensible, un sacrement de la présence du Christ, porteur d’une réelle grâce de vie.

La méditation de la Parole de Dieu est également un signe particulièrement important pour être en communion avec le Christ vivant. Le prologue de Jean nous dit que le Verbe, la Parole s’est faite chair. Dans la parole transmise par les témoins de la vie de Jésus de Nazareth, nous pouvons reconnaître en vérité la présence du Vivant, cette parole étant un signe sensible d’un message de grâce qui nous est offert chaque fois que nous méditons cette parole. C’est pourquoi cette parole est un authentique sacrement de la présence pour nous du ressuscité. Elle est une grâce pour transformer notre vie à l’exemple du Seigneur Jésus.

Comment ne pas penser que la prière est aussi un signe sensible d’une présence mystérieuse de Dieu qui souhaite vivre une réelle communion avec nous par l’action de l’Esprit Saint, alors même que nous n’en avons pas toujours une conscience claire. Lorsque, dans l’évangile, Jésus parle de la prière, il a des mots très forts pour nous parler de cette présence divine : il invite à prier dans le secret de notre coeur et dans le secret du coeur, Dieu notre Père est présent « ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 6). Il te le rendra en t’apportant une grâce de lumière et d’espérance.

Cette présence du Christ vivant chaque jour dans nos vies est particulièrement exprimée dans les sacrements de l’Église. Certes l’histoire de l’Église nous montre des évolutions dans le nom comme dans le choix des rites sacramentels. Les Pères de l’Église de langue grecque parlaient de « musterion » dérivé de « muein » " être fermé " qui en latin a été traduit par mysterium puis sacramentum. Les sacrements permettent de découvrir ce Dieu caché (mysterium) qui veut s'ouvrir et s'offrir à l'homme par le Christ. Le signe est plus visible empruntant des réalités très nécessaires à la vie comme l’eau ou le pain. La finalité des sacrements est l’union avec Dieu, ou autrement dit le fait de pouvoir vivre à la suite du Christ le mystère pascal. Le deuxième concile de Lyon (1274) fixe définitivement le nombre des sacrements à sept, nombre défini à nouveau par le concile de Trente, (session VII, 1547, canon 1).

Nous voyons donc que tous ces signes nous offrent de nombreux moyens pour vivre une réelle présence du Christ ressuscité, permettant aux croyants d’entrer par une action symbolique en communion réelle avec Dieu par la médiation du Christ et sous l’influence de l’Esprit Saint.

3- Par les sacrements, Dieu agit plus directement dans notre vie de tous les jours
Pour nous chrétiens, parmi les divers signes de la présence de Dieu dans nos vies, les sacrements ont une place particulière. Qu’est-ce qui distingue les sacrements des autres signes de la présence de Dieu dans nos vies ? Est-ce que la présence de rites précis change la nature des signes de la présence du Christ vivant ? Les sacrements apportent-ils une grâce particulière ?

Il est certain que les rites sacramentels avec des signes sensibles très concrets, avec les paroles qui les accompagnent et la foi d’une assemblée croyante, constituent à la fois un signe humain essentiel et une action divine particulière. Certes, dans les autres signes énumérés précédemment, je « sais » que Dieu est présent et me donne sa grâce. Dans le sacrement, le rite « me le dit » explicitement. Ainsi dans l’eucharistie, à travers la parole du Christ « prenez et mangez, ceci est mon corps » la présence est dite et dépasse un savoir intellectuel. Ou encore dans le baptême le rite dit « tu es mon enfant bien-aimé » comme cette parole divine avait été dite sur Jésus lors de son baptême par Jean dans les eaux du Jourdain.

Ce qui est spécifique des divers sacrements, c’est un lien étroit avec la vie des femmes et des hommes qui en sont bénéficiaires. On peut tout à fait se référer aux connaissances anthropologiques pour percevoir la pertinence des tous ces signes de grâce que sont les sacrements, non seulement à travers la parole qui donne un sens à ce qui est célébré, mais à travers la symbolique du signe lui-même. Qui ne voit dans les sacrements un étroit rapport avec les grands moments de la vie : la naissance avec le baptême, la nourriture et la boisson indispensables à la vie dans l’eucharistie, l’échange en particulier l’échange d’un don d’amour réciproque avec le mariage, l’apaisement de la souffrance avec le sacrement des malades, la solidarité et la communion entre tous avec les divers ministères et le sacrement de l’ordre. C’est toute la vie dans ses moments les plus essentiels que l’on retrouve dans les divers sacrements.

On connaît l’importance de l’action symbolique dans toute vie humaine. On peut ainsi comprendre le bien-fondé des « symboles » indispensables pour la recherche, la connaissance de Dieu et une communion de vie avec lui. Nous savons que, contrairement à l’opinion de certains, le symbole est un des moyens les plus efficaces pour traduire une réalité que les mots peinent à décrire. Chacun des signes sacramentels apporte une signification symbolique majeure pour notre vie et notre union avec Dieu.

4- Place du corps dans la fonction sacramentelle et spécialement dans l’eucharistie.
Les récits des évangiles sur Jésus nous montrent la place du corps dans sa vie en particulier à travers les multiples guérisons : Jésus qui touche le lépreux, Jésus qui enduit les yeux de l’aveugle avec de la boue, Jésus qui prend la main de la petite fille de Jaïre, Jésus qui invite le paralysé à se lever et à marcher, Jésus qui multiplie les pains pour nourrir ceux qui l’ont accompagné toute la journée. Même si, par sa parole, Jésus ouvre ceux qui l’écoutent sur une vie avec Dieu, une vie spirituelle, les signes qu’il en donne sont bien ancrés dans la vie concrète des gens, une vie qui est à la fois spirituelle et corporelle. À ceux qui ont mangé un pain bien matériel, Jésus offre un autre pain, un pain spirituel dont le pain matériel est le signe. C’est ce que nous lisons dans le récit sur le pain de vie en saint Jean : Jésus s’étonne de voir que la préoccupation légitime d’une nourriture matérielle, les empêche de voir que la faim d’un pain matériel renvoie à une autre faim, celle d’une nourriture aussi et plus essentielle à la vie. C’est pourquoi il invite ses interlocuteurs à travailler « pour la nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme »(Jn 6, 27). Avoir mangé un pain matériel aurait dû conduire à accueillir la nourriture spirituelle que Jésus est venu apporter au monde.

À l’exemple de ce que Jésus faisait dans sa vie terrestre pour les gens, les sacrements prolongent l’action de Jésus en nous donnant des signes matériels porteurs d’une présence et d’une grâce divines, nous invitant à entrer dans une rencontre spirituelle. C’est l’eau du baptême, le pain de l’eucharistie, l’huile des malades, l’échange explicite d’un accord mutuel pour le mariage, l’imposition des mains pour le sacrement de l’ordre. De plus, comme dans les récits évangéliques (« Va, ta foi t’a sauvé »), la foi est un élément constitutif du sacrement même si l’offre de Dieu est présente alors même que le bénéficiaire n’en a pas conscience ou n’en a qu’une conscience diffuse.

Cependant, les sacrements ne sont jamais pour une seule personne. Dans tout sacrement intervient une triple présence : la présence de Dieu, la présence personnelle du croyant et la présence de l’Église. Nous en revenons à la notion de corps. Il me semble qu’il convient de prendre le mot « corps » au sens large : nous parlons à la fois du corps dans sa réalité physique et du corps dans sa réalité spirituelle. C’est ainsi que nous employons le terme « corps du Christ » selon des réalités différentes. Aujourd’hui on ne peut parler qu’au passé de la réalité physique du corps de l’homme Jésus. Il y a 2000 ans Jésus a eu un corps humain en tout semblable au nôtre, « il est devenu semblable aux hommes. » (Ph 2, 7). Le Christ est ressuscité, sa présence ne peut pas être physique. Ce qu’on appelle les apparitions du ressuscité après sa mort sont des manifestations humaines qui ne disent pas comment il est réellement, car l’état de ressuscité dépasse totalement notre entendement. Ces manifestations permettent simplement aux personnes à qui elles sont destinées, de percevoir que celui qu’elles ont connu avant sa mort est bien vivant. Pour parler de la résurrection des corps, l’apôtre Paul parle d’un « corps spirituel » : « Ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel » (1 Co 15, 44). Ce qui nous empêche de vouloir chosifier la réalité physique de la résurrection.

Dans le langage actuel de l’Église, quand nous employons le terme « Corps du Christ », nous parlons de deux réalités : Le Christ ressuscité qui n’est pas un corps physique mais spirituel, l’autre est le corps « mystique » du Christ, que nous sommes, ce corps dont nous parle saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « Or, vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. » (1 Co 12, 27). Ce corps mystique du Christ que nous sommes se rapporte à la fois à notre existence physique et à notre vie spirituelle : physique car beaucoup de membres du corps du Christ sont encore en chemin sur cette terre ; c’est avec ce corps charnel que nous constituons l’assemblée dominicale et que nous faisons Église. Et en même temps, nous sommes un corps spirituel, membres du corps ressuscité de Jésus, remplis de sa promesse et vivant déjà son espérance pour chacun de nous, comme pour tous ses membres réunis dans la prière et l’action de grâce.

Il y a un lien étroit entre ce « corps du Christ » que nous sommes, unis en assemblée, en Église, et le corps ressuscité de Jésus présent dans la célébration eucharistique.

Lorsque les chrétiens se réunissent le dimanche, le « dies domini », le « jour du Seigneur », et qu’ils se retrouvent autour de la table pour partager le repas du Seigneur, ils sont unis au corps ressuscité de Jésus en sorte que la vie ressuscitée de Jésus nous est communiquée à travers le rite sacramentel grâce à l’action de l’Esprit Saint et à la foi de l’assemblée. Cette participation à la vie du ressuscité concerne chacun et le corps ecclésial présent dans la célébration.

5- Présence réelle
Lorsque l’Église parle de la présence du Christ vivant dans la célébration de l’eucharistie, elle distingue différentes présences réelles. Un texte du préfet de la « Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements » du 15 octobre 2004 pour l’année de l’eucharistie le précise : « Dans la célébration de la Messe, les principaux modes de présence du Christ au sein de l’Église sont graduellement mis en évidence. En premier lieu, il est présent dans l’assemblée même des fidèles réunis en son nom; il est présent dans sa parole, quand on lit dans l’église les Saintes Écritures et qu’on en fait le commentaire, il est présent dans la personne du ministre, il est présent enfin et surtout sous les espèces eucharistiques : cette présence-là est absolument unique, parce que, dans le sacrement de l’Eucharistie, le Christ tout entier, Dieu et homme, est présent, substantiellement et d’une manière continuelle. C’est justement pour cela que la présence du Christ sous les espèces consacrées est appelée réelle : “ réelle non par exclusion, comme si les autres n’étaient pas telles, mais par excellence ” (Mysterium fidei, 39) ” (De sacra communione, 6).

Quelle est cette présence « par excellence » ou « éminente » du Christ dans l’eucharistie ? Au cours des siècles, les théologiens ont cherché à expliquer cette présence eucharistique reconnue dans la foi selon la parole de Jésus à la dernière Cène sur le pain et le vin : « Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. Ceci est mon sang versé pour vous ». En fait cette présence est impossible à expliquer pas plus que nous ne pouvons expliquer l’affirmation que Jésus de Nazareth est à la fois vrai Dieu et vrai homme. Aucune explication ne rend compte du mystère de l’action divine. Des essais approuvés par l’Église ont été tentés à partir des concepts philosophiques de substance et d’accidents, empruntés à Aristote. Cette explication n’est évidemment pas de foi car l’action de Dieu dans l’eucharistie déborde infiniment toute tentative de représentation. Dans notre enfance, nous avons pu constater les risques de vouloir matérialiser la présence du ressuscité. Si nous croyons que le Christ vivant est présent dans la nourriture matérielle du pain et du vin, nous ne pouvons pas la « décrire ». En la matérialisant, nous en étions arrivés par exemple à croire que nous croquons la chair du Christ d’où l’interdiction de mâcher le pain comme on doit le faire pour toute nourriture. Il n’y a pas de présence matérielle du Christ, mais une présence spirituelle sous le signe matériel du pain. Il nous faut accepter de ne pas comprendre cette réalité spirituelle du don de la vie ressuscité de Jésus lorsque nous mangeons le pain sur lequel les paroles de Jésus ont été prononcée, mais en vivre avec toute notre foi au Seigneur vivant pour nous.

Car c’est « pour nous » que le Christ se donne dans cette nourriture. Louis-Marie Chauvet y insiste fortement en montrant que l’eucharistie n’a de sens que parce que cette nourriture spirituelle est pour nous, pour nous relier au Christ comme membres de son Corps. C’est ainsi que l’essentiel de l’eucharistie est de nous nourrir de la vie ressuscitée de Jésus par le fait de « manger » ce pain. Si belle que soit l’adoration eucharistique, c’est une dévotion qui n’a de sens qu’en vue de se nourrir de ce pain. Le Christ a demandé de refaire son repas et de nous nourrir de ce pain qui est sa vie donnée ; l’eucharistie n’a pas été donnée par Jésus pour être adorée, mais pour nous nourrir de sa vie offerte dans cette nourriture que nous prenons en mémoire de lui.

6- Place de la foi dans la réalité sacramentelle.
De même que la plus grande partie des guérisons opérées par Jésus ont fait appel explicitement à la foi, avec ce leitmotiv « Va, ta foi t’a sauvé », de même ce prolongement de l’action du Christ dans le rite sacramentel implique la foi de la personne concernée membre du corps du Christ, comme aussi la foi du corps ecclésial. C’est une des raisons qui pourraient nous rapprocher de la pensée protestante pour qui la foi de l’assemblée est constitutive de la présence du ressuscité. Très souvent, dans nos débats théologiques, il convient presque toujours d’employer la préposition « et » et non pas la préposition « ou ». C’est ce qui a permis cet accord relativement récent entre les catholiques et les luthériens sur le salut reconnu par les uns et par les autres comme étant issu « et » de la foi « et » des oeuvres. Maintenir la foi comme constitutive de la présence eucharistique dans le pain, même hors de la célébration, pourrait être un chemin de rapprochement entre les frères de confessions différentes.

Quelle est la place du sacrement de l’eucharistie dans la vie du chrétien ? Comme nous le disions plus haut, c’est l’assemblée des disciples de Jésus qui est constitutive de l’identité chrétienne : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » (Mt 18, 20). C’est la personne du Christ qui est au centre de la vie du chrétien. L’eucharistie est un moyen privilégié pour nous unir à lui, grâce à sa parole et à son pain. L’eucharistie en effet nous unit à ce qui est fondamental dans la vie de Jésus : son amour offert jusqu’à accepter sa mort injuste, mais aussi sa victoire sur toutes les forces de mal y compris la mort. Si le Christ est au coeur de notre vie, l’eucharistie est un moyen important mais pas le seul pour être rejoint par le Seigneur. Il a aussi cet aspect essentiel de nous relier les uns aux autres comme membres d’un même corps avec toutes les exigences de cette solidarité dans la foi.

C’est pourquoi, nous pouvons éprouver un manque pendant cette période de confinement et d’impossibilité de nous rassembler. Ce temps nous permet peut-être de mieux mesurer le don qui nous est fait par le Christ vivant dans ce sacrement.
Publié dans Essais
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*Missionnaire au Sénégal de 1952 à 1957 (vicaire à Palmarin - professeur de théologie à Sébikotane - curé de la Cathédrale de Dakar)
Professeur de Dogmatique au Séminaire spiritain de Chevilly-La-Rue (94) de 1957 à 1962
Supérieur du séminaire-collège de Fort de France de 1962 à 1964

O mercado da pandemia e o niilismo

Luiz Felipe Pondé* 
 Desenho estilizado de homens de chapéu e terno  fazendo parte de um cupcake
A gourmetização da exploração será oferecida como nova tendência de negócios 

 Os últimos séculos nos legaram um hábito de controle: computadores, celulares, longevidade, vacinas, anticoncepcional. A contingência parecia acuada no seu canto como algo cafona.

Eis que ela volta à cena, na forma descrita pela literatura trágica: cruel, randômica e carregando no seu coração a cegueira não humana dos elementos indiferentes do universo. O vírus é niilista na sua estrutura cosmológica.

A fúria motivacional se constituiu, nos últimos anos, em paradigma do mundo corporativo, da educação e, logo, da filosofia e da teologia. O paradigma do coaching se fez cosmologia. E, com o mercado da pandemia, esse processo só se radicalizará porque as pessoas estão em pânico. Sob pânico, a exploração cresce exponencialmente.

O mercado da pandemia faria Adam Smith (1723-1790) se perguntar de forma mais radical ainda quais seriam os danos causados pelo enriquecimento das nações aos sentimentos morais. Adam Smith era um filósofo da moral, como, aliás, a maioria dos iluministas britânicos dos séculos 18 e 19. O mercado da pandemia faria nosso filósofo enrubescer de vergonha.

Se a ganância, o egoísmo e o oportunismo sempre foram “paixões negativas” que produzem riqueza, fato não ignorado por Adam Smith, o mercado da pandemia comprovará seu temor original de forma mais radical.

O pânico das pessoas diante da visita cataclísmica da contingência, pondo em dúvida nossos avanços na vida social, econômica, política e global, já dá indícios de que o mundo pós-pandemia será mais hostil, controlador e explorador do que foi até aqui.

Purpurina e “gourmetização” da exploração serão oferecidos como novas tendências de negócios em todos os níveis. Aliás, a comparação feita pela primeira ministra alemã Angela Merkel entre o que vivemos e a Segunda Guerra Mundial se revela cada vez mais evidente.

Nas guerras, as virtudes se tornam raras, e não o contrário. Como já descrevera o grande Tolstói (1828 1910) no seu “Guerra e Paz”, romance que se passa nas guerras napoleônicas, as guerras e as batalhas são eventos em que imperam a covardia, a sorte e o azar como senhores do mundo.

Sua conhecida concepção de história, discutida a fundo pelo filósofo Isaiah Berlin (1909-1997) em seu livro “Pensadores Russos”, revela um Tolstói descrente em qualquer sentido histórico maior, uma espécie de anti-Hegel convicto.

Reduzidos ao medo e à precariedade moral, econômica e política, homens e mulheres perdem certas virtudes sociais construtivas e se lançam, como podem, à acomodação e à miséria ética. Foi essa a grande causa do colaboracionismo em escala monumental durante a ocupação nazista nos países da Europa.

Políticos, empresários, artistas, intelectuais, pais e mães de família, em grande maioria, em silêncio, atravessaram a ocupação nazista fazendo qualquer negócio em nome de refeições mínimas no seu dia a dia.

Já vemos os sinais: busca de fama às custas do medo das pessoas diante da pandemia, aumento do nível da exploração do trabalho em nome do marketing, redução de grande parte da população às esmolas dos Estados, defesa de “passaportes de imunidade” para as pessoas trabalharem e, no Brasil, irresponsabilidade na gestão política.

Se alguns acham que a ciência sairá fortalecida moralmente com a pandemia, suspeito que esse juízo não seja tão óbvio. À primeira vista, a espera desesperada pela vacina e por medicamentos nos faz crer nesse fortalecimento da visão social da ciência.

Todavia, ao olhar um pouco mais atento, a ciência tem demonstrado sua multiplicidade contraditória de comportamentos, que vão desde as virtudes de pesquisa que animam muitos dos melhores cientistas e instituições até a busca vaidosa pelas luzes da fama, além de sua vocação totalitária quando erguida ao pedestal da política.

Enfim, o vínculo entre o novo mercado da pandemia e o niilismo já se faz sentir aos olhos de quem sempre soube que esta profunda descrença no mundo nos espreita pela fresta da porta. Arriscaria dizer que um grande desafio espiritual pós-pandemia será não sucumbir ao niilismo mais uma vez.
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* Escritor. Prof. Universitário. Filósofo. 
IMAGEM  Ricardo Cammarota

SOCIEDADE SEM PALAVRAS

José de Souza Martins* 
http://www.ihu.unisinos.br/images/ihu/2020/04/30-04-2020-sociedade-sem-palavras-Foto-Jose-de-Souza-Martins.jpg
"Alienado, e supondo não haver palavra brasileira para denominar o meio de pagamento da ajuda aos 
desvalidos da pandemia, o governo deu-lhe 
um nome estrangeiro, “voucher”".


Um dos efeitos colaterais da disseminação do coronavírus é a falta de palavras e o aparecimento de novas palavras para designar e expressar as situações repentinas e inesperadas de uma sociedade enferma.

Sociólogos, antropólogos e linguistas estão munidos do aparato científico para fazer verdadeira arqueologia de cada palavra e nela identificar não só sua origem em tradições e circunstâncias remotas, mas também sua origem em carências atuais.

Quando o vazio se instala, em decorrência de rupturas sociais, como as guerras, as epidemias, os desastres naturais, a falência da ordem social e política, palavras se tornam obsoletas porque, por meio delas, já não há o que dizer.

Então, palavras são modificadas e novas são inventadas. As situações sociais se traduzem em consciência social e na linguagem pela qual essa consciência se torna comunicável porque legado da experiência humana. Por meio dela a experiência se torna memória.

As palavras carregam informações sobre a história de sua formação e nela a consciência social profunda da sociedade, na sutileza dos significados que a palavra contém. “Genro” é uma palavra simples que todos conhecem. É palavra que designa o homem que gera filhos para o sogro, um pai emprestado. Porque o pai de uma mulher está interditado para procriação com a filha pelo tabu do incesto.

A sociedade patriarcal narra sua história e expõe as regras sociais de sua persistência e de sua estrutura por meio de uma palavra como essa. A eficácia do seu sentido está no fato simples de que o incesto é socialmente abominado. Muitos linchamentos, no Brasil, são praticados por grupos de vizinhos e parentes que compartilham a consciência de que o incesto é uma aberração.

É significativo que em algumas das nossas línguas indígenas, a palavra “avô” seja a mesma palavra para “tio”. No Brasil, especialmente em S. Paulo, em que mesmo a elite tinha claras origens indígenas, foi comum o casamento avuncular, do tio com a sobrinha, forma significativa de contornar a interdição do incesto. Palavras não são rótulos.

Diferentes das palavras herdadas das sociedades tradicionais, que eram palavras de afirmação e confirmação de um modo social de ser, as palavras que tem surgido, no Brasil pós-moderno, são palavras para designar o não ter e o não ser: sem terra, sem teto, excluídos. São do vocabulário das vítimas do banimento das possibilidades de integração plena no mutilado capitalismo da sociedade brasileira.

Expressões de sua consciência de não pertencimento.

Alienado, e supondo não haver palavra brasileira para denominar o meio de pagamento da ajuda aos desvalidos da pandemia, o governo deu-lhe um nome estrangeiro, “voucher”. Todo brasileiro conhece a palavra “vale”, também os que carecem do dinheiro que representa, sem ter que recorrer à frescura da palavra desconhecida.

Mas a palavra que constitui uma verdadeira revelação de que, para o poder, não somos o país que somos, é a palavra “desbancarizados”. Isto é, gente que não tem conta bancária e, portanto, à margem do sistema financeiro que domina a economia e em nome do qual este governo manda.

A palavra invadiu o noticiário recente quando o governo descobriu que dezenas de milhões de brasileiros são pobres, mas não sabia onde estavam nem como encontrá-los. Por isso, tem dificuldade para fazer chegar-lhes às mãos o dinheiro de que carecem para sobreviver na economia anormal que aflige a sociedade provisória da pandemia.

Não é palavra de agora, pois já a ouvira no ano passado. Mas é uma palavra desta crise. Para dizer o que deve ser dito e expressar uma das fragilidades da relação entre o Estado e o povo. A palavra é necessária para dar sentido às peculiaridades dessa exclusão e assegurar a precária terapêutica social da economia do momento.

“Desbancarizado” é, pois, quem está confinado na multidão residual do nosso subcapitalismo, aquele que não tem lugar no sistema econômico anômalo que nos enquadrou e domina. O que sugere que os maiores inimigos do capitalismo, aqui, são os próprios capitalistas da linhagem neoliberal, que dele expurga um número imenso de pessoas.

Estas novas palavras de uma sociedade que foi minada pelas desigualdades e pelas iniquidades de um modo irracional de acumulação da riqueza, são palavras do modo de vida provisório dos sem alternativa, que já não expressam a própria consciência da vítima. Expressam a consciência dos que representam os fatores de sua vitimação. São palavras derivadas do vocabulário da dominação econômica excludente, de um neoliberalismo econômico que rotula as vítimas com designações que pressupõem que os pobres são pobres porque não tem um nome na lógica do que os empobreceu.
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*José de Souza Martins, sociólogo, pesquisador Emérito do CNPq e da Faculdade de Filosofia da USP, membro da Academia Paulista de Letras e autor de A Política do Brasil Lúmpen e Místico (Contexto). O artigo foi enviado pelo autor.
Fonte:  http://www.ihu.unisinos.br/598531-sociedade-sem-palavras-artigo-de-jose-de-souza-martins  01/05/2020

domingo, 3 de maio de 2020

Castells: A hora do Grande Reset

 Manuel Castells*

Nem a Ciência pode nos salvar da barbárie ultraliberal. Sobreviver como espécie exigirá uma “reencarnação coletiva” no mundo pós-pandemia: novas formas de viver, pensar e organizar a Economia. É isso, ou nostalgia masoquista 


Nunca imaginamos isso. Ninguém imaginou. E ainda parece um pesadelo do qual vamos acordar ao amanhecer. É claro que, algum dia, vai acabar. Quanto mais nos ajudarmos entre todos, mais cedo vai acabar. E isso inclui todos aqueles que tiram proveito da tragédia em prol de seus interesses. Deixemos de lado nossas diferenças, já já acertaremos as contas.

Nunca tínhamos enfrentado uma ameaça do tipo, nem sequer com a gripe de 1918, porque, hoje em dia, a globalização e a trama de economias, culturas e pessoas têm uma repercussão em tempo real para qualquer barbaridade cometida em qualquer canto do planeta, como aconteceu com os mercados de espécies selvagens. Humanos predadores, se protejam de vocês mesmos. Nem nossos extraordinários avanços científicos e tecnológicos conseguem nos salvar da nossa imensa estupidez. Por isso, se sobrevivermos, não voltaremos ao mesmo. E, se voltarmos, a pandemia vai retornar, a mesma ou outras, até que ocorra um reset daquilo que éramos.

Só existe futuro se pensarmos numa reencarnação coletiva da nossa espécie. Isso não tem nada a ver com o mofado debate ideológico entre capitalismo e socialismo, porque até o socialismo real e palpável também já teve sua vez. Falamos em mudança de paradigmas. E algo do tipo está acontecendo. Por exemplo, essa pandemia deve deixar claro que a saúde, incluindo a higiene pública e a saúde preventiva, é nossa infraestrutura de vida. E que não vamos poder viver apoiados de forma permanente no heroísmo de profissionais da saúde, que adoecem dia após dia por falta de equipamentos de proteção. 

Teremos de investir, com prioridade, na saúde pública, porque a particular serve para aquele que serve — e, em situações de emergência, deve ser absorvida pela pública. Esse investimento é quantitativo e qualitativo, em termos de materiais, aparelhos hospitalares, atenção primária, educação à população, pesquisa, remuneração dos sanitaristas e formação de médicos, enfermeiros e profissionais da saúde, de modo geral, com faculdades e escolas melhor preparadas para acolher um grande leque de vocações para o serviço

Fica evidente, agora, para além do sistema de saúde, a necessária prioridade do setor público na organização da economia e da sociedade. E não se trata de estatizar, porque cada fórmula de defesa do interesse público deve se adaptar às características de cada sociedade. Da mesma forma que a Grande Depressão e a Segunda Guerra Mundial exigiram romper com o fundamentalismo do mercado para proteger os direitos sociais e a vida, de modo geral, mas conservando o dinamismo do mercado para tudo o que é útil. Da mesma forma, torna-se necessário revitalizar o setor público e reformá-lo, livrando-o da burocracia e da politicagem.

Por exemplo, pudemos constatar a hipocrisia social e institucional no âmbito do respeito aos idosos, que são abandonados em situações extremamente precárias quando as famílias não conseguem mais tomar conta deles. Em parte, pela privatização das casas de repouso, o que demonstra que a lógica de ambição não combina com cuidados que são caros em funcionários e equipamentos. Mas, também, nas casas de repouso públicas, pois os cortes orçamentários e a negligência de muitas instituições acabaram abandonando nossos idosos à sua própria sorte, como vimos no altíssimo número de mortes registradas nesses autênticos campos de extermínio, durante a pandemia. Somente uma grande intervenção — não somente em gastos, mas em gestão — pode evitar que isso ocorra novamente. 

A pergunta imediata é: como pagar. É evidente que com novos impostos e com um aumento da produtividade. Não temos outra opção. Mas isso não quer dizer mais impostos para as pessoas, e sim, obter recursos lá onde se concentra o 75% da riqueza mundial, isto é, dos mercados financeiros globais e as grandes multinacionais que evadem impostos legalmente, precisamente, graças à sua mobilidade fiscal e administração da papelada jurídica. Aplicando, também, o aumento da produtividade, que envolve recursos humanos, isto é, setor público; ciência (de novo, setor público); infraestrutura tecnológica (parcerias público-privadas); e a transformação empresarial por meio da aplicação de novos conhecimentos e tecnologia na gestão das empresas. Além disso, deve-se adentrar o complexo território da produtividade e eficiência do setor produtivo, desde a administração, até a educação.

Porém, o maior reset, é aquele que está acontecendo em nossas cabeças e vidas. É termos percebido a fragilidade de tudo o que acreditávamos garantido, da importância dos afetos, do recurso da solidariedade, da importância do abraço — e que ninguém vai nos tirar, porque mais vale morrer abraçados do que viver atemorizados. É sentir que o desperdício consumista no qual gastamos erroneamente nossos recursos não é necessário, pois não precisamos mais do que uns comes e bebes com os amigos na varanda. Sabiam que as escandalosas transferências multimilionárias do mundo do futebol acabaram? E não por isso os Messi do mundo vão parar de jogar, porque o futebol corre pelas veias deles.

O reset necessário é um portal para uma nova forma de vida, outra cultura, outra economia. É bom que o valorizemos, pois a alternativa a ele é a nostalgia masoquista de um mundo que se foi para não voltar. A vida segue, mas outra vida. Depende de nós torná-la maravilhosa.
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*Sociólogo espanhol. Entre 1967 e 1979 lecionou na Universidade de Paris, primeiro no campus de Nanterre e, em 1970, na "École des Hautes Études en Sciences Sociales". No livro "A sociedade em rede", o autor defende o conceito de "capitalismo informacional"
Tradução: Simone Paz | Imagem:
Alessandro Gottardo 
Fonte:  https://outraspalavras.net/pos-capitalismo/castells-a-hora-do-grande-reset/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=o_melhor_da_semana_castells_a_hora_do_grande_reset_convite_ao_mundo_pos_pandemia_1_pandemia_reproducao_e_comuns_para_superar_a_pandemia_uma_economia_do_cuidado&utm_term=2020-05-0 

sexta-feira, 1 de maio de 2020

Antígona e Antares


 Frei Betto* 
 
Dezenas de covas são abertas no Cemitério da Vila Formosa, em SP André Penner/AP

Todos os povos ritualizam a despedida de seus mortos; agora, o coronavírus nos rouba tudo

Todo dia vemos no noticiário o solo esburacado de cemitérios, as covas em série qual macabra dentadura de Tânatos à espera de devorar os mortos. A pandemia cria situações inusitadas, entre elas a de mortes sem funerais. Como é possível ficarmos alheios a um rito de passagem tão ancestral, exclusivamente humano? Na natureza, nenhum outro ser chora os seus mortos e os reverencia no sepultamento.

Todos os povos ritualizam a despedida de seus mortos. Os rituais têm valor simbólico, expressam em liturgias o que não conseguimos dizer em palavras.

Agora, o vírus nos rouba tudo isso que traduz nossos laços de parentesco e amizade: visitar o enfermo, consolá-lo e animá-lo, preparar o corpo para o funeral, promover o velório, cumprir os rituais de enterro ou cremação, ver o caixão descer ao túmulo, orar em conjunto pelo falecido, e manifestar condolências e abraçar os mais afetados pela perda.

Banalizada por força da pandemia, a morte descartável agride a nossa dignidade humana. São tétricas as cenas de corpos coletados por caminhões frigoríficos e coveiros vestidos como  astronautas. Nem cães e gatos domésticos merecem igual tratamento.

Cinco séculos antes de Cristo, Sófocles tratou do tema em sua célebre peça de teatro, Antígona. Creonte, rei de Tebas, proibiu que Antígona sepultasse seu irmão Polinices. O governante queria que o corpo permanecesse exposto à voracidade de aves e cães. O horror visava a inibir os pretendentes ao trono, como mais tarde fariam os romanos com suas vítimas crucificadas no tempo de Jesus. 

Antígona, levada à prisão, pôs fim à vida antes de saber que o sábio Tirésias convencera Creonte a libertá-la e permitir o sepultamento do corpo de Polinices. Tal como, cinco séculos depois, José de Arimateia convenceria Pilatos a consentir que ele desse túmulo ao corpo de Jesus descido da cruz.

 Ao escárnio de ver seu irmão insepulto, Antígona preferiu morrer. Agora, ao nos obrigar a tratar os mortos como mero refugo, a pandemia mata em nós um dos mais fortes atributos da condição humana. A ponto de os povos indígenas insistirem em jamais abandonar a terra na qual sepultaram seus antepassados.

As imagens são lúgubres: corpos previamente encaixotados atirados em covas sem identificação, enquanto os entes queridos do falecido miram à distância, impedidos de se aproximar para o adeus definitivo, imobilizados pela força necrófila de Hades, o deus do reino dos mortos.

Na guerra, morre-se distante da família e muitos corpos são enterrados em locais ignorados. Porém, ao menos, em tempos de paz, as vítimas merecem um mausoléu do soldado desconhecido. Haverá um monumento em memória das vítimas da Covid-19? Ou serão relegadas ao esquecimento, transformadas em frios números nas estatísticas oficiais, como mortos desaparecidos? No Dia de Finados, onde depositar as flores em memória do ente querido falecido?

Sabemos que o nosso recuo diante das vítimas da pandemia não é por menosprezá-los, e sim para salvar vidas, a nossa e as dos demais. Preservamos um princípio ético maior. Deixamos de fazer um bem, o ritual fúnebre, para preservar um bem maior, a vida.

Em seu admirável romance, Incidente em Antares, Érico Veríssimo relata a greve dos coveiros que induziu os mortos, cujos corpos foram abandonados em frente ao cemitério, a saírem de seus caixões. Do coreto da praça principal, com a população em volta, eles desnudam os moradores ao denunciar corrupções, abusos e crimes. 

Tomara que as vítimas da COVID-19 abram os nossos olhos diante de falácias como privatização dos serviços de saúde, trabalho escravo de médicos cubanos, planos privados de saúde que, na propaganda, oferecem atendimento exemplar. Insepulta é também a atual política de saúde do Brasil. Até quando suportaremos um governo indiferente ao risco de genocídio causado pela pandemia? 
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*Frei Betto é escritor, autor de “O diabo na corte – leitura crítica do Brasil atual” (Cortez), entre outros livros